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Whole Bible (6)New Testament (1)
versets 1-21
3>1 à 10 Comment Paul fut amené à faire connaßtre son ministÚre par les apÎtres de Jérusalem
Cet ensuite correspond Ă celui de Galates 1:18, comme celui-ci continuait le rĂ©cit du verset 15 et suivants Lâun et lâautre peuvent avoir pour point de dĂ©part lâĂ©poque de la conversion de Paul. Si au contraire ils sont successifs, selon lâopinion de quelques interprĂštes, ces quatorze ans nous reporteraient Ă la dix-septiĂšme annĂ©e aprĂšs sa conversion. Il est donc trĂšs difficile de dĂ©terminer lequel de ses voyages Ă JĂ©rusalem lâapĂŽtre a ici en vue.
Lâopinion des interprĂštes varie entre les trois rapportĂ©s par Luc dans les Actes, (Actes 11:29; Actes 11:30) et les circonstances historiques, pour autant quâelles nous sont connues, ne sâadaptent parfaitement Ă aucun des trois. Gerlach admet le voyage de Actes 18; il y a beaucoup plus de probabilitĂ©s en faveur de celui de Actes 15, câest-Ă -dire que cette confĂ©rence de Paul avec les apĂŽtres de JĂ©rusalem serait ce quâon a appelĂ© le concile apostolique.
En plaçant, comme on le fait dâordinaire, la conversion de Paul en lâannĂ©e 36 de notre Ăšre, et en comptant les quatorze ans Ă dater de cette conversion, on arrive Ă lâan 50, gĂ©nĂ©ralement admis comme lâĂ©poque du concile apostolique. Sâil en est ainsi, il ne faudrait donc pas entendre les premiers mots de notre chapitre comme si Paul voulait dire quâil nâa point fait de voyage Ă JĂ©rusalem avant cette Ă©poque, puisque lui-mĂȘme vient dâen rappeler un, (Galates 1:18) et que Luc en rapporte deux antĂ©rieurs (Actes 9; Actes 11 Comparer Actes 11:30, note.).
Ce qui importe ici Ă notre apĂŽtre, câest de bien constater ces deux faits :
Câest pour cela encore quâil rappelle ici quâil Ă©tait accompagnĂ© dans ce voyage par deux de ses compagnons dâĆuvre, Barnabas et Tite, dont lâun Ă©tait dâorigine israĂ©lite, lâautre nĂ© paĂŻen. En prenant ce dernier avec lui, il voulait tenter une Ă©preuve dĂ©cisive : si Tite Ă©tait traitĂ© comme un frĂšre par les chrĂ©tiens de JĂ©rusalem, reçu dans leurs assemblĂ©es, leurs agapes, la cause des paĂŻens Ă©tait gagnĂ©e, et Paul ramenait avec lui Ă Antioche la preuve vivante de sa victoire (comparer verset 3, note.).
Cette circonstance nâest pas rapportĂ©e dans le livre des Actes; mais Paul reçut une rĂ©vĂ©lation dâen haut qui lui confirma la rĂ©solution de toute lâĂglise dâAntioche, (Actes 15:1; Actes 15:2, note) ou bien cette rĂ©solution elle-mĂȘme fut prise par une direction spĂ©ciale de Dieu.
Cette dĂ©signation des apĂŽtres, rĂ©pĂ©tĂ©e ici plusieurs fois (verset 6 et 9), Ă©tait sans doute employĂ©e avec une affectation marquĂ©e par ceux qui opposaient lâautoritĂ© de ces apĂŽtres Ă celle de Paul. Il devait donc tenir dâautant plus Ă leur exposer dans le particulier, Ă part de tous les autres, la maniĂšre dont il prĂȘchait lâĂvangile.
Paul, arrivĂ© Ă JĂ©rusalem, exposa Ă ses compagnons dâĆuvre dans lâapostolat lâĂvangile quâil prĂȘchait et la maniĂšre dont il le prĂȘchait, non pour demander leur approbation ou leur autorisation, ce qui serait en contradiction avec lâindĂ©pendance de son ministĂšre, quâil veut prĂ©cisĂ©ment dĂ©montrer ici; mais il chercha, par un humble amour de la paix et dans lâintĂ©rĂȘt de lâĂvangile, Ă Ă©tablir son parfait accord avec eux, afin que, dâune part, les faux docteurs ne pussent plus sâappuyer de leur autoritĂ© ou mĂȘme prĂ©tendre avoir Ă©tĂ© envoyĂ©s par eux, pour rĂ©tablir le rĂšgne de la loi; et que, dâautre part, il ne surgĂźt pas des malentendus rĂ©els entre lui et les autres apĂŽtres. Dans les deux cas lâaction de Paul aurait Ă©tĂ© entravĂ©e; il pouvait craindre dâavoir couru en vain.
SĂ©rieux enseignement sur lâimportance de maintenir lâunitĂ© et lâharmonie entre les serviteurs de Dieu qui travaillent dans les diverses parties de son rĂšgne !
Si lâon se reprĂ©sente les prĂ©jugĂ©s judaĂŻques qui rĂ©gnaient encore parmi les chrĂ©tiens de JĂ©rusalem (par exemple Actes 11:1 et suivants), on conviendra quâil devait leur paraĂźtre fort Ă©trange de voir un incirconcis compagnon dâĆuvre de notre apĂŽtre.
Et cependant tous reconnurent sa libertĂ© dâaction, au point de ne pas exiger la circoncision de Tite, que Paul nâaurait sĂ»rement pas accordĂ©e en ces circonstances, bien que lui-mĂȘme ait fait peu aprĂšs circoncire TimothĂ©e (Actes 16:3, note.).
Il nâattachait aucune importance Ă ces cĂ©rĂ©monies de la loi, pourvu quâon ne sâen autorisĂąt pas pour affaiblir ou ruiner la doctrine du salut par grĂące; mais dans ce cas, il sây opposait avec la plus grande Ă©nergie (comparer Galates 5:3-6, note.).
Ces deux versets (versets 4, 5) donnent la raison pour laquelle Tite ne fut point circoncis : Ă cause des faux frĂšres, qui, imbus de prĂ©jugĂ©s pharisaĂŻques, sâĂ©taient glissĂ©s dans lâassemblĂ©e et cherchaient, prĂ©cisĂ©ment dans la sainte libertĂ© chrĂ©tienne que donne la justification par la foi seule, un prĂ©texte pour attaquer lâĂvangile de Paul.
«âŻEn toute autre circonstance, semble dire lâapĂŽtre, nous nâeussions fait aucune difficultĂ© Ă lâĂ©gard de Tite; mais alors ni les apĂŽtres de JĂ©rusalem, ni nous ne leur cĂ©dĂąmes, mĂȘme pour un instantâŻÂ» Leur cĂ©der nâeĂ»t point Ă©tĂ© supporter des frĂšres faibles, ni renoncer volontairement et par charitĂ© Ă une libertĂ© lĂ©gitime, comme notre apĂŽtre lui-mĂȘme le recommande instamment (Romains 14; 1 Corinthiens 8; 1 Corinthiens 9 Romains 15:1-3);; mais câeĂ»t Ă©tĂ© renier la vĂ©ritĂ©, une doctrine fondamentale de lâĂvangile, et remettre les chrĂ©tiens, surtout les paĂŻens convertis, sous le joug de la loi.
Cette admirable distinction que Paul faisait ainsi, est de la plus haute importance et dâune application journaliĂšre de notre temps encore. Lorsquâil sâagissait de chrĂ©tiens faibles, peu Ă©clairĂ©s, timorĂ©s dans leur observance de la loi (dont ils ne faisaient point une condition du salut, mais par laquelle ils cherchaient Ă obĂ©ir Ă Dieu selon leurs lumiĂšres), lâapĂŽtre commandait le support et dĂ©clarait lui-mĂȘme quâil se faisait Juif avec les Juifs, tout Ă tous, (1 Corinthiens 9:20-22) parce quâil espĂ©rait par lĂ les amener Ă une plus grande libertĂ©, tandis quâil aurait craint de les Ă©loigner en les heurtant ou en leur imposant plus dâindĂ©pendance que nâen comportait leur connaissance ou leur foi.
Mais quand des hommes sâĂ©rigeaient orgueilleusement en docteurs, enseignaient la nĂ©cessitĂ© dâobserver la loi pour ĂȘtre sauvĂ©, et renversaient ainsi la grande doctrine de la justification par la foi, alors Paul, et avec lui les autres apĂŽtres, ne leur cĂ©daient point, pas mĂȘme une heure, pour se soumettre Ă eux (Actes 16:3, note; Romains 14:1-4, note.). Sans quoi la vĂ©ritĂ© de lâĂvangile, loin dâĂȘtre maintenue, aurait certainement pĂ©ri.
Paul vient de dire de quelle maniĂšre il maintient la vĂ©ritĂ© vis-Ă -vis des faux frĂšres. «âŻQuant aux apĂŽtres eux-mĂȘmes les plus considĂ©rĂ©s (Grec :âŻÂ» considĂ©rĂ©s comme Ă©tant quelque chose«âŻde grand) pour quelque estimĂ©s quâils soient ou quâils mĂ©ritent dâĂȘtre, peu importe, je conserve toute mon indĂ©pendance Ă leur Ă©gard, par la simple raison que Dieu nâa pas Ă©gard Ă lâapparence (Grec :âŻÂ» au visage«âŻ) de lâhommeâŻÂ».
Personne, pas mĂȘme Pierre, Jean, ni Jacques, ne jouit dâune faveur spĂ©ciale de Dieu, de telle sorte que Dieu soit dĂ©pendant de lui et quâon puisse dire : ce qui ne vient pas de lui est sans valeur. Pierre nâest pas plus grand devant Dieu quâun autre et, dans la balance divine, il ne pĂšse pas plus que Paul. Pierre a suivi JĂ©sus depuis le Jourdain jusquâen Golgotha; il nâen rĂ©sulte pas que Dieu doive tout accomplir par lui et ne puisse choisir Paul pour instrument⊠LâapĂŽtre sâexprime sur ce ton tranchant, parce quâil combat des gens qui, par leur attachement Ă lâhomme, lui attribuent en propre lâhonneur qui lui est seulement prĂȘtĂ© par Dieu. Il demande quâon ne fasse pas dâun apĂŽtre, fĂ»t-ce de Pierre, plus quâun homme.
Luther disait : «âŻMa personne importe peu; Dieu saura bien crĂ©er dix docteurs MartinâŻÂ», Paul dit de mĂȘme de Pierre, Jacques et Jean :
Et eux, en toute humilitĂ© partageaient son sentiment, puisquâil peut ajouter : ils ne mâont rien imposĂ© ou (Grec :) «âŻcommuniquĂ© de plus, ajoutĂ©âŻÂ», quant Ă la doctrine ou Ă lâexercice de lâapostolat. Il faut remarquer du reste que ces paroles un peu rudes ne sâadressaient pas aux apĂŽtres, mais aux faux docteurs qui usaient et abusaient de leur nom pour sâopposer Ă Paul.
Et câest en cela mĂȘme, dans cette «âŻdĂ©monstration dâesprit et de puissanceâŻÂ» que les apĂŽtres de JĂ©rusalem durent nĂ©cessairement reconnaĂźtre le sceau de Dieu sur le ministĂšre de Paul. Du reste, ces deux champs de travail assignĂ©s ici Ă Pierre et Ă Paul, nâĂ©taient point dĂ©limitĂ©s dâune maniĂšre absolue; les premiers paĂŻens furent amenĂ©s Ă lâĂvangile par Pierre, (Actes 10) et Paul, dans tous ses voyages missionnaires, prĂȘchait dâabord dans les synagogues.
Mais il reste vrai que dĂšs sa conversion, (Actes 9:15) et plus tard encore, (Actes 22:17-21) Paul avait reçu pour mission spĂ©ciale lâĂ©vangĂ©lisation des paĂŻens, ce qui fut en effet lâĆuvre de sa vie. Cette mission, venant directement du Seigneur, ne pouvait pas ĂȘtre mĂ©connue de ses frĂšres dans lâapostolat.
Pierre (comparer Jean 1:42; Matthieu 16:18).
Grec : «âŻLes mains droites de communionâŻÂ». Tous, en leur donnant la main dâassociation, les reconnurent solennellement comme Ă©tant leurs compagnons dâĆuvre et travaillant dans la mĂȘme communion fraternelle, qui procĂšde de lâunion de chaque membre avec le Sauveur (comparer Actes 15). Le rĂ©cit de Luc se trouve ainsi complĂ©tĂ© par ces paroles de Paul.
Si les apĂŽtres eux-mĂȘmes mettaient tant dâimportance Ă ĂȘtre reconnus par leurs condisciples dans la communion de lâĂglise, combien plus les autres serviteurs de Dieu doivent-ils y tenir, dans lâintĂ©rĂȘt de lâunitĂ© et de la charitĂ© ! Sâisoler, se fractionner Ă lâinfini, ne vouloir que des Ă©glises et oublier lâĂglise, nâest point un fruit de lâEsprit de Dieu.
Plusieurs passages de ses lettres montrent, en effet, avec quel soin Paul remplissait cette recommandation de lâĂglise. Ce devoir lui Ă©tait dictĂ© du reste par sa charitĂ© (voir Actes 11:30; Romains 15:25; 1 Corinthiens 16:1-4; 2 Corinthiens 8; 2 Corinthiens 9).
Le soin des pauvres, des malades, de tous les ĂȘtres souffrants, fut, dĂšs lâorigine, non seulement un fruit de lâamour chrĂ©tien, mais un lien puissant entre les Ăglises judĂ©o-chrĂ©tiennes et celles qui sortaient du paganisme. Ce moyen, constamment joint Ă la prĂ©dication de lâĂvangile, sera, de nos jours encore, le plus puissant pour ramener Ă JĂ©sus-Christ une gĂ©nĂ©ration qui sâĂ©loigne de lui.
Plan
3>II. QuatriÚme preuve : Paul résiste à Céphas
Pierre Ă©tant arrivĂ© Ă Antioche, je lui rĂ©sistai, parce que, sous lâinfluence dâĂ©missaires venus de JudĂ©e, il se retirait des frĂšres convertis du paganisme, ne voulant plus manger avec eux, et parce que lâexemple de cette dissimulation Ă©tait suivi par dâautres (11-14).
Nous-mĂȘmes, Juifs, renonçant Ă ĂȘtre justifiĂ©s par les Ćuvres de la loi, nous avons cru en JĂ©sus-Christ, pour lâĂȘtre par la foi en lui ; si donc, en cherchant cette justification, nous montrons par notre conduite que nous ne lâavons point obtenue, est-ce la faute de Christ ? Non ! car si je reconstruis le faux systĂšme de la propre justice, câest moi qui me constitue transgresseur (15-18).
Mais il nâen est point ainsi ; car par la loi je suis mort Ă la loi ; crucifiĂ© avec Christ, câest lui qui vit en moi aprĂšs sâĂȘtre donnĂ© pour moi ; rejeter cette grĂące, revenir Ă la loi, ce serait dire que Christ est mort en vain (19-21).
11 à 21 Paul résiste à Céphas
Antioche de Syrie, siĂšge dâune Ăglise nombreuse, composĂ©e en grande partie de paĂŻens convertis (comparer Actes 13:1 et suivants). Paul Ă©tait retournĂ© Ă Antioche aprĂšs le concile de JĂ©rusalem (Actes 15:33-35). LâĂ©poque oĂč Pierre y vint nâest pas indiquĂ©e, mais il est probable que ce fut plus tard, pendant un sĂ©jour que Paul fit Ă Antioche entre son second et son troisiĂšme voyage missionnaire (Actes 18:22; Actes 18:23, notes.)
On peut traduire plus exactement : «âŻParce quâil Ă©tait blĂąmĂ©, accusĂ©âŻÂ», ou mĂȘme «âŻcondamnĂ©âŻÂ», sans doute par des chrĂ©tiens dâAntioche que sa conduite scandalisait. Les versets suivants montrent Ă quel sujet. Paul raconte cet Ă©vĂ©nement pour convaincre dâautant mieux les Galates de lâindĂ©pendance de son apostolat, et de lâimportance quâils devaient attacher Ă la doctrine fondamentale de la justification par la foi seule. Ce rĂ©cit complĂšte celui qui prĂ©cĂšde et forme lâintroduction la plus naturelle Ă la partie de lâĂ©pĂźtre qui va exposer de nouveau la grande doctrine en question.
Mangeait avec les chrĂ©tiens convertis du paganisme, câest-Ă -dire vivait en communion avec eux (Luc 15:2). Câest cette libertĂ© qui choquait les chrĂ©tiens judaĂŻsants, (Actes 11:3) et cela surtout parce que, dans leurs repas et leur alimentation, les paĂŻens nâobservaient pas les dispositions de la loi mosaĂŻque et de la tradition juive (comparer LĂ©vitique 11; Actes 15:20; Actes 15:28-29; Marc 7:1 et suivants).
Il nâest point dit dans quel but ces quelques-uns venaient (de JĂ©rusalem Ă Antioche) de la part de Jacques; il est douteux quâils fussent chargĂ©s par cet apĂŽtre dâagir dans un esprit judaĂŻsant; car, bien que lui-mĂȘme observĂąt la loi, il avait positivement reconnu le ministĂšre de Paul parmi les paĂŻens (verset 9; comparez Actes 15:13 et suivants).
Quoi quâil en soit, câest sous lâinfluence de ces personnes, venues de la JudĂ©e, que Pierre sâesquivait et se tenait Ă lâĂ©cart momentanĂ©ment et affectait un judaĂŻsme qui, sous lâautoritĂ© et par lâexemple dâun si grand apĂŽtre, pouvait exercer au sein de lâĂglise une influence pernicieuse sur la doctrine mĂȘme. Le verset verset 13 en fournit la preuve. Le motif dâune telle conduite, indiquĂ© verset 12, Ă©tait tout Ă fait en harmonie avec le caractĂšre de ce disciple : Pierre fut entraĂźnĂ© par cette crainte des hommes qui avait naguĂšre causĂ© son reniement.
Grec : «âŻEt les autres Juifs usĂšrent dâhypocrisie avec lui, en sorte que Barnabas fut entraĂźnĂ© dans leur hypocrisieâŻÂ».
Il ne faut rien retrancher de la force de ces expressions, car, tout en aggravant la faute de Pierre, elles rĂ©futent Ă lâavance les consĂ©quences erronĂ©es quâon pourrait tirer, et quâon a souvent essayĂ© en effet de dĂ©duire de cette faute. «âŻOĂč est, a-t-on dit, lâunitĂ© de doctrine dans les apĂŽtres ? OĂč est leur autoritĂ© absolue dans les vĂ©ritĂ©s du salut ? Voici deux des plus grands apĂŽtres en flagrante contradiction sur le point le plus important de la doctrineâŻÂ».
Il nây a rien dans ce rĂ©cit qui donne lieu Ă ces conclusions, ni qui rende nĂ©cessaires les hypothĂšses auxquelles on a eu recours pour lâexpliquer, ni qui justifie une thĂ©orie de lâinspiration dâaprĂšs laquelle les Ă©crits seuls des auteurs sacrĂ©s auraient Ă©tĂ© inspirĂ©s et non leur personne et leur enseignement oral.
En effet, câest Ă Pierre lui-mĂȘme que fut rĂ©vĂ©lĂ©e dâabord la grande vĂ©ritĂ© du salut des paĂŻens par la foi sans les Ćuvres de la loi (Actes 10). Devenu le premier hĂ©raut de cette vĂ©ritĂ©, et, Ă cause de cela, accusĂ© par les chrĂ©tiens judaĂŻsants de JĂ©rusalem, il se justifie devant tous, sâappuyant de la rĂ©vĂ©lation expresse de Dieu et du don du Saint-Esprit accordĂ© aux paĂŻens convertis (Actes 11). Enfin la question est solennellement portĂ©e par Paul et Barnabas devant les apĂŽtres et lâĂglise de JĂ©rusalem, (Actes 15) et câest Pierre qui, le premier, prend la parole et dĂ©fend avec Ă©nergie la libertĂ© chrĂ©tienne de ceux que Dieu a appelĂ©s Ă la foi du sein du paganisme. «âŻMaintenaient donc, conclut-il, pourquoi tentez-vous Dieu en voulant imposer aux disciples un joug que ni nos pĂšres ni nous nâavons pu porter ? Mais nous croyons que nous serons sauvĂ©s par la grĂące du Seigneur JĂ©sus-Christ, de mĂȘme quâeuxâŻÂ» (Actes 15:10; Actes 15:11).
BientĂŽt aprĂšs, Pierre vient Ă Antioche⊠A-t-il changĂ© de conviction ? Non, puisque sa conduite judaĂŻsante est dĂ©clarĂ©e une hypocrisie. Enseigne-t-il une doctrine contraire Ă celle de Paul sur la loi et sur la grĂące ? Nullement, pas plus quâil ne professait une thĂ©orie de la trahison lorsquâil renia son MaĂźtre dans la cour de CaĂŻphe. Ici, comme alors, il commet une faute, un pĂ©chĂ©, et par la mĂȘme faiblesse de son cĆur : la crainte des hommes, ainsi que Paul le dĂ©clare positivement (Actes 15:12).
En principe, les deux apĂŽtres sont parfaitement dâaccord, ils professent la mĂȘme vĂ©ritĂ©; mais dans la conduite, Pierre est un moment inconsĂ©quent Ă cette doctrine. Il succombe Ă une tentation vers laquelle inclinait son caractĂšre naturel, et Paul lâen reprend : voilĂ tout le sens de cet Ă©vĂ©nement. Or, nul dans lâĂglise, mĂȘme en admettant complĂštement lâautoritĂ© apostolique, nâa jamais songĂ© Ă revendiquer pour les apĂŽtres lâimpeccabilitĂ© (comparer Actes 15:39; Actes 23:3 et suivants).
UN SEUL a eu le droit de dire : «âŻQui de vous me convaincra de pĂ©chĂ© ?âŻÂ» Au reste, Pierre pouvait dâautant plus facilement se faire illusion sur la portĂ©e et les consĂ©quences de sa faiblesse en cette occasion, que les observances de la loi Ă©taient alors encore religieusement gardĂ©es par tous les chrĂ©tiens de la Palestine, et que Paul lui-mĂȘme ne se faisait pas le moindre scrupule de sây soumettre lorsque les circonstances lui garantissaient que la doctrine du salut par grĂące nâen recevrait aucun dommage (comparer versets 3-5, note, et surtout Actes 21:20 et suivants, note.).
Enfin, tout porte Ă croire que Pierre reconnut son erreur, et ainsi il ne fut pas moins admirable dans son humilitĂ©, que Paul dans son zĂšle Ă©nergique pour la vĂ©ritĂ© : souffrir la rĂ©prĂ©hension est plus difficile encore que de la faire. Et voilĂ lâhomme dont on a voulu faire le prince des apĂŽtres et le premier des papes ! Ce pape aurait donc Ă©tĂ© moins infaillible que ses successeurs. Il est vrai que pour se mettre Ă lâaise on a commencĂ© par accrĂ©diter lâinvention quâil ne sâagit point, dans ce chapitre, de lâapĂŽtre Pierre, mais de quelque disciple portant le mĂȘme nom !
Avant lâarrivĂ©e des judaĂŻsants, Pierre, bien que Juif de naissance, vivait Ă la maniĂšre des paĂŻens convertis, câest-Ă -dire, quâil mangeait avec eux (verset 12) et ne sâastreignait plus aux prescriptions de la loi. Dieu lui-mĂȘme lâavait conduit dans cette voie (Actes 10) et telle avait Ă©tĂ© dĂšs lors, on peut le supposer, sa pratique habituelle.
Mais, depuis que les envoyĂ©s de Jacques sont Ă Antioche, il se met Ă observer rigoureusement la loi : câĂ©tait proclamer que cette observation Ă©tait nĂ©cessaire au salut, et obliger, moralement, par lâautoritĂ© de son exemple, les chrĂ©tiens dâAntioche, sortis du paganisme, Ă judaĂŻser. Tel est le reproche de Paul. AprĂšs lâavoir exprimĂ©, il le motive, dans les versets suivants, par lâexposition de la doctrine quâil sâagissait de prĂ©server intacte.
AprĂšs avoir lu Romains 3:9, nul ne saurait ĂȘtre tentĂ© dâinterprĂ©ter ici les paroles de lâapĂŽtre comme sâil voulait dire que les Juifs ne sont pas des pĂ©cheurs. Ce serait mĂȘme directement lâopposĂ© de sa pensĂ©e, puisquâil dĂ©clare prĂ©cisĂ©ment quâeux, Juifs de naissance, ne peuvent ĂȘtre justifiĂ©s par les Ćuvres de la loi, mais uniquement par la foi en JĂ©sus-Christ (verset 16).
Et si pour eux, Juifs de naissance, il nây avait pas dâautre moyen de salut, combien moins pour les pĂ©cheurs dâentre les paĂŻens, que les faux docteurs, et Pierre lui-mĂȘme en judaĂŻsant, voulaient ramener sous le joug de la loi !
Romains 3:20. La doctrine fondamentale de la justification du pĂ©cheur par la foi seule, sans les Ćuvres de la loi, a Ă©tĂ© exposĂ©e par lâapĂŽtre dans Romains 1:17 Ă Romains 5 (voir les notes, et comparez ci-dessous les Galates 3 et Galates 5).
Ces paroles (versets 15, 16) prouvent que Paul est convaincu de trouver en Pierre la doctrine quâil professait lui-mĂȘme, car ces mots : nous, Juifs de naissance, sachant, etc., embrassent lâun et lâautre (comparer verset 13, note.).
Or, la vue de Juifs rĂ©pudiant toute confiance pour le salut dans les Ćuvres de la loi, et sâappuyant uniquement sur la foi en JĂ©sus-Christ, devait faire une profonde impression sur les paĂŻens convertis que de faux docteurs avaient, en partie, ramenĂ©s sous la loi. Il importait donc dâautant plus que lâexemple de Pierre Ă Antioche ne vint pas affaiblir cette impression et troubler la foi que Paul avait prĂȘchĂ©e.
Paul continue sa dĂ©monstration sans indiquer si ces paroles font encore partie du discours adressĂ© Ă Pierre, (verset 14) ou sâil se tourne maintenant vers les Galates. Quelques exĂ©gĂštes bornent (Ă tort) ce discours au verset 14; dâautres lâĂ©tendent jusquâau verset 16; dâautres, jusquâĂ la fin du chapitre.
Peu importe pour le sens. Mais câest ce sens mĂȘme qui, ici, (versets 17, 18) a donnĂ© lieu Ă des interprĂ©tations trĂšs diverses.
Au premier abord, on serait tentĂ© dâappliquer ces paroles Ă la sanctification, plutĂŽt quâĂ la justification, et de les entendre ainsi : «âŻSi nous, qui admettons le salut de lâhomme par la foi en Christ, restons pourtant dans la pĂ©chĂ© (pĂ©chĂ© actuel et corruption), ne faisons-nous pas de Christ le ministre du pĂ©chĂ© ? Nâest-ce pas dire quâil lâautorise ? Loin de nous ce blasphĂšme ! car, si je rebĂątis prĂ©cisĂ©ment ce que jâai voulu dĂ©truire, une libertĂ© charnelle; si je dis : pĂ©chons afin que la grĂące abonde, câest moi, moi-mĂȘme qui suis un transgresseurâŻÂ»âŻ!
Mais cette interprĂ©tation nâentre point dans lâensemble du raisonnement de Paul, qui, Ă©videmment, discute deux moyens opposĂ©s de justification : la foi en Christ et les Ćuvres de la loi.
Voici donc plutĂŽt ce quâil veut dire : Si nous, Juifs, qui avons reconnu que nous ne pouvons ĂȘtre justifiĂ©s par les Ćuvres de la loi (versets 15, 16) et qui cherchons Ă lâĂȘtre en Christ, par la foi en son nom, nous Ă©tions encore, nous aussi, trouvĂ©s pĂ©cheurs (comme ces pĂ©cheurs dâentre les paĂŻens verset 15), câest-Ă -dire non justifiĂ©s, sans justice, et quâainsi notre foi en Christ se fĂ»t montrĂ©e insuffisante et vaine, alors Christ serait donc un ministre du pĂ©chĂ© (et non de la justice) ? il serait cause que, pour lui, nous avons renonce Ă la justice de la loi, et il nous laisserait dans le pĂ©chĂ© et la condamnation ? Loin de nous cette pensĂ©e, ce blasphĂšme ! Car, si (comme Pierre voudrait le faire en judaĂŻsant) je rebĂątis les choses que jâai dĂ©truites, câest-Ă -dire la loi, la justice par les Ćuvres, bien loin que Christ soit ministre du pĂ©chĂ©, câest moi-mĂȘme qui me constitue (ou Grec : «âŻme recommandeâŻÂ», avec ironie) comme un transgresseur.
Comment ? Parce que je recours de nouveau Ă cette loi que jâai violĂ©e, qui me condamne, et que moi-mĂȘme jâai transgressĂ©e encore en ne lâobservant plus, en la rejetant.
Cela dit, lâapĂŽtre poursuit son argumentation et prouve (verset 19) quâil nây a rien de fondĂ© dans la supposition quâil vient de faire, mais que la loi a accompli son Ćuvre en lui dâune maniĂšre bien plus profonde, jusquâĂ ce quâil ait trouvĂ© ailleurs une vraie justice, une vie nouvelle.
Ceux qui sĂ©duisaient les Galates ne prĂ©tendaient pas, sans doute, quâils dussent absolument renier Christ et renoncer Ă la foi en lui comme moyen de salut; mais semblables Ă des milliers de chrĂ©tiens de nos jours, spĂ©cialement au sein du catholicisme, ils cherchaient le salut Ă la fois dans les Ćuvres de lâhomme et dans lâĆuvre de Christ. Or, lâapĂŽtre dĂ©clare partout, et avec la plus grande Ă©nergie, que ces deux moyens sâexcluent et quâil faut choisir entre la loi et la grĂące (comparer Galates 3 et Galates 5:2-4).
Que veulent dire ces mots : Par la loi je suis mort Ă la loi, au moyen desquels lâapĂŽtre motive la dĂ©claration qui prĂ©cĂšde ?
Augustin répond :
Il y a du vrai dans cette double interprĂ©tation mais elle ne va pas au fond des paroles de lâapĂŽtre. Il faut en chercher le commentaire dans Romains 7:7-12. Câest lĂ quâil nous apprend comment la loi reconnue et sentie dans toute sa spiritualitĂ© et son inviolable saintetĂ©, accuse, condamne et tue le pĂ©cheur en rendant «âŻle pĂ©chĂ© excessivement pĂ©chantâŻÂ». Par la loi il meurt Ă la loi quâil dĂ©sespĂšre dâaccomplir jamais; il meurt en mĂȘme temps Ă lui-mĂȘme et Ă toute propre justice, et il se sent forcĂ© de chercher ailleurs sa vie.
Cette expĂ©rience douloureuse, Paul lâa faite en particulier au moment de sa conversion, quand il vit sâĂ©crouler tout lâĂ©difice de sa justice lĂ©gale. Si jamais il y eut un homme mort, ce fut Saul de Tarse aprĂšs lâapparition de JĂ©sus. Dans cette situation sans issue et dĂ©sespĂ©rĂ©e, Ă laquelle lâa rĂ©duit la loi et le zĂšle mĂȘme quâil a montrĂ© pour lui obĂ©ir, dans cet Ă©tat de mort se prĂ©sente Ă lui la foi en Christ, qui le justifie et le vivifie, afin que dĂ©sormais il vive Ă Dieu, câest-Ă -dire en Dieu et pour Dieu.
DĂšs lors il accompli la loi dans une vie nouvelle, parce quâil connaĂźt lâobĂ©issance de lâamour : la loi est «âŻĂ©crite dans son cĆurâŻÂ». Les paroles qui suivent et qui ne font que dĂ©velopper celles-ci, ne laissent aucun doute sur leur vrai sens (verset 20).
Comparer sur cette profonde union du chrétien avec son Sauveur Romains 6:3 et suivants, notes, et 2 Corinthiens 5:14; 2 Corinthiens 5:15, notes.
La foi nous transplante si bien en Christ, que sa mort et sa vie deviennent notre mort et notre vie. Le crucifiement du Sauveur se reproduit dans son racheté par les renoncements douloureux et la mort graduelle du vieil homme, de ce moi que Paul nomme ici comme ne vivant plus.
Mais par lâunion du rachetĂ© avec son Sauveur, Christ ressuscite en lui, crĂ©ant en lui le nouvel homme; le croyant sâapproprie par la foi le Sauveur ressuscitĂ© et vivant, et sâidentifie avec lui. Christ vit en moi, peut-il dire. Il vit bien encore maintenant dâune vie terrestre (dans la chair); mais sâil est obligĂ© de continuer Ă vivre de cette vie, il ne vit plus que dans la foi au Fils de Dieu, cette foi qui est comme lâĂ©lĂ©ment dans lequel il respire, la source et la condition de son existence nouvelle.
Et comment nommer ce Fils de Dieu sans rappeler lâimmense amour par lequel il sâest donnĂ© lui-mĂȘme pour nous faire part de sa vie ! Pour Paul, cet amour est devenu tout personnel : mâa aimĂ©, sâest donnĂ© pour moi.
Rien de plus concluant que ce dilemme : Ătre sauvĂ© par grĂące, ou rejeter la grĂące; et alors Christ serait mort en vain. Raisonnement ab imposibili, observe Erasme.